jeudi 1 avril 2010

Murmures

Pour ceux et celles qui se demandent ce que j'écris comme pièce, je vais tenter de vous l'expliquer (tout en restant vague parce que je n'ai pas terminé de l'écrire encore, alors ça peut s'éloigner pas mal de ça d'ici là!).

Je vais commencer par vous copier/coller la description de ma pièce telle que je l'ai décrite l'été dernier dans mon projet de thèse:

"Pour ma maîtrise, j’ai choisi d’écrire une pièce de théâtre sur la représentation de l’angoisse à partir de trois données théâtrales : le huis clos scénique, le huis clos métaphorique et les variations du dialogue. Au début de la pièce, un homme est seul dans un espace clos dont la sortie est bloquée par un cadavre. Il monologue sur sa vie et, surtout, sur ses angoisses, en particulier sur l’angoisse causée par son enfermement. Peu à peu, le monologue se dédouble et l’homme entame un dialogue avec le cadavre. La pièce, qui pouvait encore être expliquée de façon réaliste, sombre dans le fantasme alors que l’homme perd contact avec la réalité. Enfin, les murs se transforment et s’animent. L’homme est entouré par un chœur, les « murmures », qui restreint graduellement l’espace scénique en avançant vers lui. Le huis clos est alors métaphorique et le fantasme devient délire.

L’homme, le cadavre et le chœur sont en fait une variation sur un même personnage. Au monologue de l’homme, s’ajoute la voix de son alter ego, puis la choralité des murmures, qui représentent la conscience du personnage. Toutes ces voix sont des variations du dialogue qui permettent de développer le monologue-délire du personnage principal. Enfin, la pièce dans son ensemble est une variation sur la mise en scène de l’angoisse qu’un dramaturge veut faire partager au spectateur."


Bon, ça ne dit pas grand-chose, hein? Premièrement, ce n'est plus un homme, mais bien une femme (Claude) qui est enfermée! En gros, Claude se remémore/revit des événements du passé, notamment son enfance, et sa relation avec Damien et avec leur fille. Le cadavre "reprend vie" graduellement, puis pousse Claude à se rappeler ce qu'elle préférerait oublier.

Les Murmures, quant à eux, sont comme des âmes déchues ou je ne sais quoi. Je ne sais pas vraiment quel est leur rôle dans la pièce... Je les vois un peu comme des mort-vivants, des êtres qui n'appartiennent à aucun monde, et qui sont attirés par la douleur de Claude.




Je vous avais dit que ce serait vague! C'est que moi, je sais ce qui s'est passé, je sais pourquoi Claude est là, qui sont les Murmures et le cadavre... Mais je ne sais pas à quel point je veux donner de l'info à mes spectateurs! Mais bon, comme presque tous mes écrits, ce sera sombre et macabre! En fait, le titre de ma thèse explique pas mal ce que je veux faire: Le lieu clos et la représentation de l'angoisse dans le théâtre d'après-guerre. Ce que je veux, c'est utiliser le fait que Claude est enfermée pour créer une angoisse chez elle et la transmettre aux spectateurs! C'est comme un film d'horreur, mais au théâtre! hahaha

Bon, bon, je sais, c'est très abstrait tout ça. Pour vous donner encore plus l'eau à la bouche, je vous mets un extrait!

(Note: Le décor est comme suit: Une porte, suspendue à des câbles. Elle est mobile et peut être placée à la verticale ou à l'horizontale. Le milieu de la scène est sur rail et tourne au besoin (plateforme). Un tabouret. Un téléphone, préférablement à roulettes.)

L’éclairage vacille, la plateforme tourne pour que Claude soit face à l’audience.


CLAUDE
(ton joyeux, enfantin)
Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup jouer des mauvais tours. Mes parents, eux, ils aimaient pas ça! Quand je me faisais prendre, ils me criaient après. “Claude! Va dans ta chambre!” J’avais beau pleurer, crier, hurler, rien n’y faisait. Ils me prenaient par le bras, ils me lançaient dans ma chambre et ils verrouillaient la porte.

Claude se tourne vers la porte et commence à la frapper.

CLAUDE
Maman! Maman, ouvre la porte! J’aime pas ça être ici! Laisse-moi sortir! Je vais être sage, promis!

Silence. Sans bruits, les Murmures commencent à ramper sur scène, à partir des coulisses. On les voit à peine, la tête peut-être.


Claude s’adosse à la porte.


CLAUDE
(la voix tremblante)
Maman... C’est trop petit ici...

Claude commence à respirer plus rapidement, elle regarde nerveusement vers les coulisses. Les Murmures approchent encore un peu. Ils rient, très bas. Claude se tourne vers la porte, une main sur la poignée, frappant la porte de l’autre.


CLAUDE
Ouvre, maman, ouvre! Il faut que je sorte d’ici! Maman! J’étouffe, maman! Pourquoi tu n’ouvres pas? Maman!

Elle se remet dos à la porte. Elle respire très rapidement, apeurée, et sanglote un peu. D’un même mouvement, les Murmures tendent un bras vers elle. Elle pousse un cri et renverse le tabouret en le poussant du pied (il doit tomber hors de la plateforme). Elle se laisse glisser contre la porte et s’assoit, cachant son visage dans ses bras pour pleurer.


La lumière vacille. Claude cesse de pleurer. Elle sort la tête de derrière ses bras, mais la garde baissée.


CLAUDE
J’ai fait vivre la même chose à ma fille.

Elle lève la tête et regarde l’audience. Les Murmures baissent les bras et rient. La plateforme tourne.





Pis, qu'est-ce que vous en pensez? Je veux vos commentaires!!! De l'autre côté de la porte, qu'on voit quand la plateforme tourne, il y a le fameux cadavre. J'ai du mal avec le début: tout va débouler dès que Claude et le cadavre vont être en "contact", donc dialoguer ensemble. J'ai hâte d'être rendue là!!!

Est-ce que ça vous donne une meilleure idée de ce que j'écris? Vous pouvez aussi aller lire le résumé et deux courts extraits de l'autre pièce que j'ai écrite ici.

2 commentaires:

  1. Allo Dé! Je trouve qu'il y a un tres (trop?) grand contraste entre le ton joyeux et enfantin, et entre l'angoisse. Peut-etre parce que je n'ai pas lu toute la pièce, mais je trouve ca trop abrupte...la tension qui monte, le crescendo il est ou?

    Sinon j'adore et j'ai bien hate de lire toute la piece! On se revoit bientot. xoxo

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  2. Ouais, en fait le ton commence à changer quand elle dit que ses parents lui crient après. Faudrait que je précise.

    Sinon, le contraste est voulu. En fait, toute la pièce est construite comme ça, par contraste et par rupture, par alternance entre narration et jeu. Mais je ne veux pas en mettre plus ici, question de droits d'auteur! Je vous le ferai lire quand j'aurai terminé, vous serez mon comité de lecture!

    Tu reviens quand exactement?

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