jeudi 30 juillet 2009

Ma directrice de thèse

Je ne crois pas encore vous avoir présenté ma directrice de thèse. Je m'empresse donc de le faire (ça me permet de procrastiner en même temps!).

Notre première rencontre

Comme vous le savez, j'ai fait mon baccalauréat en lettres françaises avec l'option rédaction-création. Ça veut dire que j'ai eu des cours de création littéraire. À la fin de la session, pour bien terminer le cours (et pour torturer les étudiants), il y a une lecture publique au vin et fromage du département. Cette session-là, il fallait écrire une pièce de théâtre pour le cours de création. Chaque étudiant a choisi un ou deux extraits à lire devant la majorité des profs du département et quelques braves étudiants, attirés par le verre de vin gratuit qu'on leur promettait.

Voici donc ce que j'ai lu, si ça vous intéresse:

Résumé

Ma pièce s’intitule C’est moi qui l’ai fait.

Ma pièce est une réflexion sur les rapports entre la réalité et la fiction. Deux histoires se développent en parallèle. D’une part, il y a Lévi, un jeune écrivain troublé par de vilains cauchemars. D’autre part, il y a l’histoire qu’il écrit, celle de Guillaume, Maude et Julie. Peu à peu, les liens d’amours qui unissent ces trois personnages tournent au drame et l’histoire qu’écrit Lévi se confond avec ses cauchemars, laissant entrevoir ce qui le trouble tant.

Présentation des extraits

Je vais vous lire deux courts extraits. Dans le premier extrait, Lévi s’éveille brusquement et parle de son cauchemar. Dans le deuxième, il écrit une scène où Julie doit déclarer son amour à Guillaume.

Extrait 1 : Scène V

Lévi est couché dans son lit. Il s’éveille brusquement et se relève d’un coup, puis se laisse retomber sur le dos. « Elle » entre, replace la chaise qui a été lancée dans la scène précédente, puis sort de scène. Lévi se tourne vers l’audience, couché sur le côté.
LÉVI : Maudit cauchemar.
Il s’assoit et pose ses pieds sur le sol.
LÉVI : Maudit rêve de con. J’suis pu capable. Ça me fait peur. C’est trop réel pour être juste un rêve. Elle est là, elle crie. Elle crie pis lui, il comprend pu pourquoi. Pourquoi elle crie ? Il veut juste qu’elle arrête, il veut juste qu’elle se taise. TA GUEULE ! Elle parle. Il l’ignore. Non, il l’entend juste pas. Il sait pu ce qu’il dit, il sait pu ce qu’il fait. Elle arrête pas de parler. TU VAS TE TAIRE ? Elle pleure. Elle parle pu. Pourquoi elle parle pu ? Il essaye de retrouver son calme, mais tout ce qu’il entend, c’est ses pleurs. Calme-toi, calme-toi !
Il inspire profondément, puis expire bruyamment. Il se lève et marche de long en large. Il s’arrête près de la chaise.
VOIX :
criant, sanglotant J’te déteste! Argh ! J’te déteste !
Lévi crie et renverse la chaise. Il retourne s’asseoir dans son lit et se prend la tête dans les mains.
LÉVI : Maudit cauchemar…
Il le répète plusieurs fois, de moins en moins fort. L’éclairage diminue au même rythme que la voix.

Extrait 2 : scène VI

LÉVI : Bon ! Maude, va près des coulisses. Dans cette scène-là, t’es cachée pis t’écoute la conversation. Guillaume, Julie, mettez-vous face à face. Plus près que ça. Encore un peu. Parfait ! Let’s go guys, on commence !
Il s’installe à son bureau.
JULIE : Écoute Guillaume, je… J’sais pas trop comment te dire ça. J’sais pas par où commencer…
Guillaume s’apprête à parler. Julie fait un geste pour l’en empêcher.
JULIE : Non, dis rien ! Interromps-moi pas, sinon j’arriverai jamais à te dire ce qui m’tracasse.
Moment de silence. Julie pense à ce qu’elle va dire. Écoute, depuis la danse je… j’arrête pas de penser à toi. À ta façon de danser. À ta façon de m’faire danser. À ta façon de m’regarder. J’avais l’impression que tout le reste avait cessé d’exister. Tout c’que j’voyais, c’était toi. Le reste avait pu d’importance. C’que j’essaye de te dire c’est que… Courte pause, Julie prend une grande respiration. Guillaume, je t’aim…
Julie s’interrompt brusquement et se tourne vers Lévi.
JULIE : Ben là ! Franchement Lévi ! Tu l’as ben vu à la danse que Guillaume m’intéressait pas ! J’vois pas comment j’pourrais tomber amoureuse de…
Elle se tourne vers Guillaume et le désigne avec ses deux mains. De ça !
Guillaume quitte la scène en bousculant Julie au passage. Silence. Lévi joue nerveusement avec sa plume.
LÉVI : Maude, laisse-nous seuls s’te plaît.
Maude acquiesce, puis quitte.
JULIE :
sarcastique « Faites-moi confiance, je sais c’que j’fais. » Ben oui, on voit ça !
LÉVI : T’aurais pu juste feindre de pas être intéressée, pis qu’au fond…
JULIE : Non. Je l’aime pas Guillaume. Je l’aimerai jamais.
Lévi se lève et s’approche de Julie.
LÉVI : Mais t’es en amour, ça crève les yeux !
JULIE : Pourquoi tu dis ça ?
LÉVI : Ça se voit. J’le lis dans tes yeux. T’es pensive ces jours-ci, toujours dans la lune. Depuis que t’as dansé avec Guillaume…
JULIE :
pesant ses mots J’suis pas amoureuse de Guillaume ! retour au ton normal Enlève-toi ça de la tête, ça arrivera jamais. Pis jette donc c’que tu viens d’écrire, ça sert à rien !
LÉVI : Non ! C’est comme ça que j’la veux, mon histoire !
JULIE : Ça marche pas j’te dis !
LÉVI : Y faut que tu l’aimes ! Vous allez sortir ensemble, aller au cinéma, vous embrasser… J’connais la suite, je sais c’qui va se passer. T’as pas le choix Rose, il faut que tu l’aimes !
JULIE : Non ! Change ton histoire, ça a pas de sens ! Je l’aime pas !
LÉVI :
un peu baveux Oui tu l’aimes, j’viens juste de l’écrire.
JULIE : Tu peux pas garder ça, c’est un gros mensonge c’que t’as écrit !
LÉVI : J’peux faire tout c’que j’veux avec mon histoire !
Ils s’approchent, presque nez à nez.
JULIE : Efface !
LÉVI : Non, j’le garde !


La lecture terminée, je suis soulagée. Je me promène un peu, mange quelques fruits et du fromage, tout en me disant qu'après une quinzaine de minutes, je m'éclipserai. Une prof que je ne connais pas s'approche de moi. Elle est petite, a les cheveux blancs et des yeux bleu pâle.

Tout ce qu'elle me dit, c'est qu'elle a bien aimé ce que j'ai lu et que j'écris bien. Moi, je suis restée traumatisée. Elle est petite, certes, mais tellement intimidante! Tout vient de son regard. Elle se tient très proche des gens à qui elle parle et les regarde droit dans les yeux. J'avais l'impression que ses yeux étaient en train de gratter mon cerveau.

Beaucoup plus tard, j'ai appris que c'était Madame L, la directrice du département. Une chance que je ne le savais pas quand je l'ai vue pour la première fois, j'aurais été encore plus intimidée!

Qui est Madame L?

Madame L, directrice du département de français avec une double affectation (elle enseigne aussi au département de théâtre), est la prof que tous les étudiants craignent. J'ai eu mon premier cours avec elle (et le seul au bac) à l'hiver 2008. Elle est hyper-ultra-méga exigeante avec ses étudiants. Et elle ne tourne jamais autour du pot!

Pauvres étudiants anglophones qui étaient dans ce cours! Nous avions une présentation orale à faire en équipe. Et si jamais tu dis quelque chose qui ne se dit pas, elle va te corriger! Alors les pauvres étudiants anglophones, ils faisaient vraiment pitié devant la classe. Elle ne fait pas ça méchamment, ça paraît qu'elle les corrige parce qu'elle veut qu'ils s'améliorent. Mais elle manque parfois de tact!

Parce qu'elle est exigeante, qu'elle avance vite dans sa matière, qu'elle ne se gêne pas pour dire ce qu'elle pense sans euphémisme et, surtout, à cause de son regard perçant, les étudiants ont très peur d'elle.

Pourquoi alors en faire ma directrice de thèse?

Plusieurs raisons. Tout d'abord, parce qu'en théâtre, c'est LA spécialiste du département. Ce serait ridicule de faire une thèse en théâtre avec quelqu'un d'autre. L'autre très bonne raison, c'est que je travaille bien avec elle. Elle manque peut-être de tact, ce qui est difficile pour la grande sensible que je suis, mais au moins elle fait de vrais commentaires qui me permettent de m'améliorer.

En plus, elle est exigeante et fera ressortir le meilleur de moi quand sera venu le temps de rédiger. Pas que j'ai besoin qu'on me pousse dans le cul (attendez-vous à un message de coco et cocotte qui va dire le contraire!), je suis capable de faire ce que j'ai à faire par moi-même. Mais son expérience, son savoir, additionné au fait qu'elle est exigeante, me pousseront à me dépasser.

Pourquoi diable est-ce que je vous conte tout ça?

Quand j'ai appliqué pour les bourses, j'ai dû remplir des documents pour présenter mon projet de thèse et autres choses. Et quand j'ai été le montrer à Madame L... elle m'a tout fait recommencer. Dans le genre changer de projet de thèse complètement.

Cet hiver, j'avais un cours avec Madame L. Je vais la voir pour lui montrer mon plan pour le rapport de séminaire. Et elle me fait recommencer... deux fois plutôt qu'une!

J'envoie donc mon projet de thèse à Madame L hier soir. "La construction d'un espace angoissant chez Eugène Ionesco." Et je le dis sur facebook. Monsieur Gna me dit qu'il est fier de moi. Je réponds:

"Yay! Moi aussi! J'espère juste qu'elle fera pas comme avec les bourses et avec mon travail final la session passée et me faire tout recommencer... lol"

Et Ginette, un gars du département qui est en train de terminer la rédaction de sa thèse et qui a Madame L comme directrice, répond:

"Ça c'est drôle! Elle le fera."

Méchante Ginette!

Finalement, dans le courriel que j'ai envoyé à Madame L, plutôt que de dire "J'attends vos commentaires avec impatience." j'aurais dû écrire "J'attends vos commentaires avec angoisse."

3 commentaires:

  1. Ah Ginette, fais nous une steppette! Lolz, Miss Engagée

    RépondreSupprimer
  2. Ouf! C'est exigeant mais en même temps ça te pousse à te dépasser !

    RépondreSupprimer
  3. Haaaaaa tu t'en doutais...
    Madame Lafon t'a fait parvenir ses commentaires angoissants???
    De quoi t'occuper cet été ma belle!!!
    Bisous xxx
    Ta tante The Knees

    RépondreSupprimer